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A propos de Boris Mouravieff
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Boris Mouravieff, connu pour ses travaux d'historien ainsi que pour ses enseignements et écrits relatifs à l'ésotérisme chrétien, est né le 8 mars 1890 en Russie, à Cronstadt, base navale de St-Pétersbourg. Il est le deuxième des trois fils de l'amiral de la Flotte comte Piotr Petrovitch Mouravieff, dernier Secrétaire d'Etat à la Marine de guerre impériale. Dès sa jeunesse, Boris Mouravieff s'intéresse à la tradition de l'Orthodoxie orientale, aidé par des indications laissées par Andréi Mouravieff, son grand-oncle (mort en 1874), qui fut le fondateur d'un ermitage à Saint Paul, l'un des grands monastères orthodoxes du Mont Athos. Ce dernier avait entrepris des recherches en Egypte, en Arménie, au Kurdistan et jusqu'en Perse pour retrouver des traces de cette tradition et des manuscrits des premiers siècles de notre ère.
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A Constantinople, en 1920-21, Boris Mouravieff assiste aux conférences publiques données par Piotr Demianovich Ouspensky. C'est là que ce dernier met Boris Mouravieff en rapport avec Georges Ivanovitch Gurdjieff, avec lequel il aura par la suite plusieurs contacts, à Fontainebleau et à Paris. Pendant de nombreuses années, Boris Mouravieff et P. D. Ouspensky, liés par une amitié fondée sur un même esprit de recherche, seront amenés à approfondir et à confronter leurs travaux à l'occasion de leurs rencontres à Paris ou à Londres (1). Ils se rencontreront pour la dernière fois au château de Lyne près de Londres en mai 1937. Durant cette période, il entreprend un travail de formalisation de la tradition ésotérique orientale, envisageant initialement une présentation de cette doctrine sous forme romanesque (2). En avril 1955, Boris Mouravieff devient privat-docent à l'Université de Genève où il donne deux cours jusqu'en 1962, l'un concernant l'histoire de la Russie avant 1917 et l'autre la philosophie ésotérique. Ce dernier cours s'intitulera précisément : « Introduction à la philosophie ésotérique d'après la tradition ésotérique de l'Orthodoxie orientale ». Il réunira régulièrement entre dix et trente élèves. Le discours introductif de l'année universitaire 1956 ayant pour thème le « Problème de l'Homme nouveau » sera publié par la revue « Synthèses ». D'autres articles succéderont à cette première publication (cf. bibliographie). L'enseignement dispensé à l'Université de Genève servit de base à la rédaction de son oeuvre maîtresse, « Gnôsis », dont le premier tome fut publié en 1961 par les éditions « La Colombe » à Paris.
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La maîtrise et la clarté de l'exposé furent reconnus et l'ouvrage obtint l'année suivante le prix de littérature ésotérique Victor-Emile Michelet. Esprit rigoureux et concret, Boris Mouravieff présentait et commentait, au travers de cette oeuvre, la tradition ésotérique de l'Orthodoxie orientale dans un langage clair et accessible à une personne cultivée de notre temps. Cette même année 1961, Boris Mouravieff crée le Centre d'Etudes Chrétiennes Esotériques (C.E.C.E.), basé à Genève, qu'il présidera et animera jusqu'à sa mort. Le but principal assigné au C.E.C.E. était de contribuer à la formation de l'Homme nouveau que Boris Mouravieff appelait de ses voeux les plus cher, dans une période historique critique - la nôtre - qu'il qualifiait de « période de transition », entre un cycle qui s'achève et un nouveau cycle, porteur de promesses autant que de lourds dangers. A la suite de la publication du tome I de Gnôsis, Boris Mouravieff reçut une correspondance volumineuse. Il ne se contenta pas de répondre aux personnes intéressées par l'enseignement divulgué dans Gnôsis : il encouragea la constitution de groupes d'études qui virent le jour à Genève, Paris, Lille, Bruxelles, Le Caire, au Congo etc. Ces groupes, constitués sous l'égide du C.E.C.E., avaient pour but d'approfondir en commun la doctrine exposée dans Gnôsis. En 1962, Boris Mouravieff prend congé de l'Université de Genève pour se consacrer totalement aux activités du Centre et à la rédaction des deux derniers volumes de la trilogie de Gnôsis. Le tome II paraît en 1962, le tome III en 1965. Dans le cadre du C.E.C.E., Boris Mouravieff voit son audience élargie à de multiples groupes dont il suit le travail, répondant personnellement au questionnement collectif ou individuel de leurs membres. Des visites soutiendront l'activité de certains groupes tels que Paris, Lille ou Bruxelles. De même, il effectue un voyage en Grèce en juillet 1964 (3). Pour informer les groupes et coordonner leur travail, des « Bulletins d'information » seront périodiquement publiés par le C.E.C.E. à l'intention des membres. Le développement de l'activité du C.E.C.E. fut rendu possible grâce à un mécénat qui permit de disposer des moyens matériels nécessaires. Les dernières années de la vie de Boris Mouravieff sont consacrées à cette activité d'enseignement. Dans une perspective d'éclaircissement, d'approfondissement et d'application pratique, il entreprend la rédaction d'un « Recueil de Notes sur l'enseignement chrétien ésotérique : Les Stromates » (4). Avec ces Stromates, regroupés sous le titre général de « l'Art de Vaincre », Boris Mouravieff engageait un vaste et ambitieux projet. Il s'agissait de compléter l'enseignement donné dans Gnôsis par des éléments pratiques répondant aux questions que l'étude de la doctrine suscitait chez les étudiants. Le premier chapitre parut en 1966. Deux autres chapitres furent publiés à titre posthume. Cette activité intense retentit sur l'état de santé de Boris Mouravieff. En mars 1965, déjà, une crise cardiaque lui impose un court repos à Cannes. En juin 1966, il est terrassé par une crise de rhumatisme articulaire accompagné de fortes douleurs qui l'obligent à vivre alité. Boris Mouravieff meurt à Genève d'une crise cardiaque, le 28 septembre 1966, à 20h15, à l'âge de 76 ans. Il repose au cimetière St Georges, à Genève. Le C.E.C.E. cesse ses activités peu de temps après le décès de son fondateur comme c'est souvent le cas.
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Peu à peu, le véritable enseignement et le seul véritablement complet, tombe dans l'oubli et l'indifférence la plus totale. Mais pendant ce temps, des fragments éparses sont dispensés un peu partout dans le monde Occidentale toujours aussi avide de sensationnel et de culte exotique.
(1) Boris Mouravieff précise la nature de ses liens avec P. D. Ouspensky et G. I. Gurdjieff dans une étude publiée en 1957 : « Ouspensky, Gurdjieff et les Fragments d'un enseignement inconnu » ( Revue « Synthèses », Bruxelles N° 138. Cf. Bibliographie sur ce site). (2) Manuscrit inachevé : « La vie et les rêves de Boris Kouratoff ». (3) Une traduction de Gnôsis en grec est réalisée à la suite de ce voyage. (4) Titre emprunté par Boris Mouravieff à Clément d'Alexandrie.
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Tant que l'homme, contre toute évidence, demeure sûr de lui-même et, à plus forte raison, tant qu'il est encore satisfait de lui, il continue à vivre dans l'absurde et l'inconséquent, prenant ses désirs et ses illusions pour des réalités. Il faut passer par la faillite, par un écroulement moral, il faut avoir constaté et accepté l'un et l'autre sans tentative de replâtrage. C'est seulement alors qu'on commence à chercher, que l'on découvre les raisons du travail sur soi et que l'on acquiert les forces nécessaires pour le faire. Cela est vrai pour tout le monde. Il n'y a qu'une exception : celle des justes, pour qui ce travail est une joie ; et puisqu'ils sont justes, pour eux il n'est pas question de faillite à constater. Mais qui est juste parmi nous ? Qui même est de bonne foi ? D'une façon ou d'une autre, nous sommes tous corrompus. Et bien que l'expérience quotidienne démontre le contraire, l'homme se croit un être d'une certaine importance. Cette opinion est la conséquence d'une déficience de notre jugement. En fait, nous sommes tous dans le même cas. Bien qu'ils soient différents, la somme algébrique de nos qualités et de nos défauts est pour chacun d'entre nous à peu près la même. Il ne faut pas se faire d'illusions, le montant de cette somme n'est pas grand. C'est une infinitésimale qui, comme telle, tend vers ce zéro qu'est la Mort. Créer à partir de cette infinitésimale une unité sur la base des facultés latentes que nous prétendons posséder effectivement, tel est le travail que la science ésotérique propose à ceux qui l'étudient. Elle les considère, au départ, comme des malades auxquels s'applique le principe proclamé par Jésus : ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades*.
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Boris Mouravieff (Gnôsis tome I, p36)
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